Ljubjana (SLO) – Maribor (SLO) – Krk (HR)

Après quelques jours de repos et un vaccin à Ljubjana, j’ai repris la route, il était temps. La sédentarité ne me va pas, elle aurait même plutôt tendance à me plomber sérieusement le moral et à faire ressurgir les symptômes de le dépression que je traîne depuis 3 ans et qui est une des causes de mon départ. Pernicieuse, cette saloperie n’est jamais fort loin, elle guette, le moindre moment de doute, le moindre moment d’inaction, le moindre stress, pour ressurgir. Elle se cache au coin d’un parc, derrière un arbre, dans les gouttes de pluie au sommet d’un col ou dans un verre de bière, elle est partout, prête à ressurgir avec son cortège de mal-être et d’angoisses. Parfois je fonds en larme, pour « rien », en tout cas pour pas grand chose. Heureusement comme l’écrit dans son livre « Fuite » mon ami Bastien Delesalle aka No Mad’s Land « le voyage à cette capacité incroyable de convertir des situations désespérées en une fraction de seconde, de sauter de l’enfer au paradis ou l’inverse». Reprendre la route m’a fait le plus grand bien, en quelques coups de pédale, l’émerveillement reprend le dessus, les angoisses redeviennent plus rares, voire disparaissent, l’instant présent ressurgi avec le bonheur qui l’accompagne. Quand je pédale, même la pluie ne m’importe pas beaucoup, je pense juste « merde, il pleut » comme un constat sans importance, mais ça ne dure généralement pas. 

J’ai donc repris la route en direction de Maribor, par les montagnes, en passant par le col de Črnivec, encore un de la liste du Brevet International du Grimpeur. Malgré cela les pourcentages y sont nettement plus doux qu’attendus, ça grimpe pendant une bonne dizaine de km mais ce n’est jamais vraiment dur. Le paysage et les villages traversés sont fort sympathiques. Je roule tout à mon aise, sans me presser, je n’ai prévu aucun logement, juste l’intention de m’arrêter quand j’en aurai envie. Après le col, les paysages s’ouvre plus largement, je musarde dans la descente. Je pourrais continuer, mais je m’arrête près d’un bar pour y boire une petite bière. Je demande à l’aubergiste si je peux dormir dans la prairie, derrière sa maison. Bien sûr me dit elle ! J’installe donc ma tente dans ce bivouac de rêve. Le paysage est magnifique, j’ai accès à l’eau courante et à la bière. Tout se passe bien, les jeunes du villages sont impressionnés par mon vélo et je les soupçonne d’avoir voulu me tester, d’avoir tenté de m’enterrer pour savoir jusqu’où peut aller un belge en matière de bière. Chaque fois que mon verre est vide, une nouvelle bouteille d’un demi litre apparait sur ma table, et je les vois qui rigolent. Vers 22h, je n’ai pas encore mangé, en Belgique on dit qu’une chope vaut deux tartines, je dois avoir mangé le pain, je vacille un peu, je vais me coucher, tenant dans mes bras une bouteille d’eau afin de m’hydrater suffisamment pendant la nuit et d’éviter la barre au crâne du lendemain. 

A 7h du matin, je suis debout, frais comme un gardon, j’ai une faim de loup, mais tout va bien. Je reprends la route toujours en descente vers la première épicerie où je me fais un petit déjeuner pantagruéliquement robuste de pain toujours aussi fades et de fromages locaux. Pour la nuit, j’ai rendez-vous avec une hôte « Warmshowers », en fait la gestionnaire d’un relais de pèlerins sur le « Camino de Santiago », une petite maison dans l’enceinte de l’église, rustique mais confortable. 95Km, je devrais boire plus de bières, ça me dope. Malgré une petite insomnie qui écourte ma nuit, je reprends la route pour une étape peu dénivelée (pour ici), 800m quand même, pendant laquelle j’utilise enfin un peu mon grand plateau sur les longues portions d’une belle voie verte majoritairement descendante, j’ai l’impression d’avancer comme un avion.

J’arrive en début d’après midi à Maribor, la deuxième grande ville du pays. D’emblée, la cité me séduit, son centre cyclo-piétonnier calme mais vivant est fort agréable. Les véhicules motorisés, à l’exception de quelques vélos électriques et quelques trottinettes, sont tenus à l’écart et les gens musardes entre magasins et terrasses de bars à vins. Je déguste quelques crus locaux en discutant avec les moineaux peu farouches qui viennent se poser sur ma table. J’adore cette ville et je décide d’y rester deux nuits dans le camping qui pour une fois en Slovénie est relativement raisonnable au niveau des tarifs (qui restent globalement chers malgré tout). 

Quand on n’a pas de tête, il faut des jambes, j’ai reçu un message de la propriétaire du Airbnb que j’ai occupé à Ljubljana, je suis reparti avec le clé dans ma sacoche. Ceci règle donc le problème de définir l’itinéraire des jours à venir, cap sur la capitale, au plus court. Je me donne trois jours pour arriver en ville, la chambre n’est libre qu’un seul soir. Je quitte Maribor en suivant les balisages de véloroutes locales, mais rapidement je les perds, je me débrouille, comme d’habitude. La route suit le cours d’une rivière, mais la vallée étant étroites, la route monte et descend comme des montagnes russes sur les flans. Les pourcentages sont raides et les changements de rythme constant sont fatiguants. Je décide de ne pas la faire trop longue. Fort des expériences des jours précédents, je commence à oser demander aux habitants de dormir dans leurs jardin, tout ce que je risque finalement est que l’on me le refuse. Je dors sous l’abris de la presse à raisin d’une auberge et ne manque évidement pas de déguster les crus locaux. J’aime particulièrement le Šipon, nom local du Furmint, qui donne des vins aux arômes fleuris qui m’évoque le sureau, surprenants et rafraîchissants.

Le lendemain, je longe une route relativement importante, mais au trafic raisonnable et surtout le comportement routier des Slovènes vis à vis des cyclos est toujours aussi amical, beaucoup me font un signe d’encouragement, surtout dans les montées. Les automobilistes et même les professionnels de la route me dépassent prudemment, attendant parfois longtemps que le visibilité permette de le faire en sécurité. La vallée se fait de plus en plus étroites, les pentes latérales de plus en plus raides, les espaces plats se font rares. En fin de journée je commence à penser à mon bivouac, mais aucun espace ne s’y prête, je commence à être fatigué. Les seuls espaces plats que je rencontre sont occupés par des pompes à essence et on m’y refuse le bivouac, je continue. Je suis certain que si je quittais la route principale, je trouverais plus facilement dans un des villages plus haut, beaucoup plus haut. Les pentes me découragent un peu et je poursuis mon chemin dans la vallée. Je trouve finalement un petit village rustique et agréable, ni trop loins, ni trop haut, je dors dans le verger d’un vieux monsieur, en plein « centre » près d’une jolie et minuscule église. J’ai accès à l’eau courante et l’endroit est quand même bien plus joli qu’une station de carburant. 

Depuis leur départ, je suis sur Internet quelques voyageurs qui participent au « Sun Trip », un tour d’Europe « pour le climat » sous la forme d’une course de vélos à assistance électrique dont les batteries sont chargées exclusivement à l’énergie solaire. Stef et Jean-Louis seront le soir à Ljubjana, moi aussi. Je leur envoie un message. Nous nous retrouvons en fin de journée pour boire un verre et manger dans un restaurant que des hôtes Warmshowers m’ont conseillé. Trois cyclos, ça impressionne la serveuse qui n’en revient pas, nous avons tous terminé l’énorme pain plein de ćevapčići accompagné de poivrons grillés à l’ail. Nous parlons de tout, de vélo évidement, nous comparons nos équipement qui, outres leurs deux roues et leurs pédales n’ont qu’un seul point commun leur poids. Mon vélo est aussi lourd que le leur, sans assistance, mais ils font en moyenne deux à quatre fois plus de km que moi tous les jours. Je suis impressionné par leur installation technique, leurs panneaux solaires et la puissance de leurs moteurs d’assistance qui me font qualifier leurs vélos de « motos à assistance musculaire » plutôt que l’inverse. Il n’empêche que la performance est impressionnante et que la gestion de la consommation électrique en fonction des parcours et de la météo, un réel défi. Nous passons une agréable soirée et je profite de la possibilité de parler français, ça aussi ça fait du bien. 

Je quitte Ljubjana vers le sud, pour une étape vraiment en plaine à peine quelques mètres de dénivelé. Après 30km, sur de petites routes fort bucolique, j’approche de la montagne. A l’entrée d’une vallée, une ferme isolée me fait de l’oeil, l’endroit est tellement beau, j’ai envie d’y passer une nuit. Je m’installe donc dans un pré. J’achète un grand pot d’un succulent miel et j’observe le travail de la famille. Je suis étonné dans les campagnes de voir beaucoup de prairies non clôturées partout et de voir que l’on y récolte le foin, là je comprends, les animaux vivent à l’étable et y sont nourris, les vaches sortent peu, j’ai vu des vaches plus heureuses. Parfois, les animaux sortent quand même dans des prairies aux clôtures provisoires, mais cela semble plutôt l’exception dans la région. Je profite de mon après midi pour lire et me cuisiner au réchaud un petit pain d’épice avec le miel et quelques noix, essai réussi. Miam !

J’ai discuté en anglais avec le fils de la ferme, il m’a donné quelques conseils d’itinéraire vers la Croatie, mais il m’a prévenu. J’en ai fini de la plaine, il me reste 500m de plat, ensuite ça monte. Effectivement, ça grimpe bien et après quelques étapes moins dénivelées et moins raides, la montagne pique dans les jambes et dans la tête. Il faut se réhabituer à cette sensation de ne pas avancer, de se traîner sur les côtes à la vitesse d’un piéton, voire plus lentement encore. Sur le compteur GPS, il ne faut plus regarder les km qui ne défilent pas, il ne faut plus tenir compte que des dénivelés, mais surtout , il faut se souvenir que « l’envie d’arriver est le pire ennemi du voyageur » et que j’ai le temps. Ou plutôt que dans l’idée de mon voyage, le temps ne compte pas. Au sommet du premier petit col de la journée, la météo sa gâte rapidement, le vent se lève, l’orage tonne. Je décide de m’abriter sous une grange et d’attendre. J’ai un peu froid, je suis trempé, la première montée m’a fait mal. Le moral plonge, une fois de plus je me demande ce que je fous là, pas longtemps. Le soleil revient vite et je reprends ma route, ce qui reste la meilleure des thérapies pour moi. Dans chaque village, dans chaque hameau, on entend tourner les scies à bois et l’odeur dominante est celle du pin fraichement coupé. Chaque ferme possède son atelier, le plus souvent on fabrique artisanalement des palettes de transport qu’un camion vient régulièrement charger. Cette fabrication me semble être un des débouchés principaux de cette région où les pentes permettent rarement d’autres agricultures. On retrouve évidement partout de petits champs vivriers de maïs de de plantes potagère, beaucoup de pommes de terre aussi. 

J’approche de la frontière Croate, mon vaccin étant trop récent, je ne peut pas encore la passer. Je décide donc de m’arrêter dans un des derniers villages et je dors sous un abris à la caserne des pompiers. Mon voisin me préviens, nous sommes près de la frontière de l’espace Schengen et les contrôles de police sont fréquents en raison principalement de nombreux migrants qui tentent leur chance. Même si je ressens que nous pourrions probablement être d’accord, j’évite par principe les discussions d’ordre politique en voyage, mais je laisse parler les gens. En cas de contrôle, tu dis à la police que c’est moi qui t’ai autorisé à dormir là, ce sont des copains, ils me connaissent. Je passe une nuit agréable à la belle étoile sans que personne ne viennent me déranger. 

Je n’aime toujours pas plus les frontières, ni les uniformes des humains qui les gardent, j’ai toujours l’impression que ça va être plus compliqué que ça ne l’est réellement. Après une descente fort raide j’atteins le poste Slovène, j’y suis accueilli par une douanière souriante qui ne jette qu’un coup d’oeil distrait à mon passeport et n’accorde absolument aucun intérêt à ma carte de vaccination. Mon vélo, l’intéresse beaucoup plus. Nous parlons quelques minutes de mon voyage. Au poste de douane croate, un douanier me reçois, comme toujours désorienté dans le temps, je pense que mon vaccin à 14 jours, mais il n’en a que 13. Le douanier me dit simplement, votre vaccin ne sera valable que demain, mais je ne vais pas vous forcer à remonter cette pente, un jour ce n’est pas très important. Ouf, je passe !

Immédiatement, je sens le contraste, la Croatie est moins riche et cela se voit à de nombreux petits détails. Les maisons sont moins finies, les voitures sont un peu plus vieilles, les magasins plus sobrement achalandés, les prix sont un peu plus bas… Je m’arrête dans un bar pour boire un verre, je n’ai pas de monnaie locale, mais on accepte les euros. Et je pense changer un billet de 20 histoire de disposer de quelques Kuna, jusqu’au prochain distributeur. Mais quand je veux payer mon verre, la jeune barmaid me dit qu’il m’a été offert par le cyclo de la table d’à coté. Malheureusement le barrière de la langue ne nous permet pas de communiquer vraiment, mais l’échange est sympathique et augure de bonne chose quand à l’accueil local. Je reprends la route calmement. Le soir, à la sortie d’un village je m’arrête à coté d’une maison pour demander de planter ma tente dans le verger. Je suis accueilli par S. qui ne parle pas anglais mais pratique un très bon français sans accent, je le félicite. Il me dit pudiquement qu’il a été à l’école en France de 3 à 16 ans. Mais manifestement n’a pas envie de s’étendre sur le sujet. Il a environ 35 ans, vit avec sa grand-mère (ou peut être sa mère prématurément vieillie par les difficultés de la vie). Je sens bien que je ne dois pas poser de questions, mais il m’est assez facile d’imaginer dans quelles conditions S. s’est retrouvé en France pour ses années d’enfance. Je suis ému, ce n’est que mon premier contact avec la réalité dure d’un passé récent de ce pays. Je suis ému aussi par la générosité de S. et de sa maman qui viennent à plusieurs reprise vérifier que je n’ai besoin de rien. Leur maison ne respire ni la richesse, ni la joie, mais leur accueil est touchant. J’ai pris l’habitude de demander leur adresse postale à mes hôtes pour pouvoir, plus loin sur ma route leur envoyer une carte postale pour les remercier de leur accueil. S. est réticent à me la donner et me demande pourquoi d’un air un peu inquiet, après lui avoir expliqué mon intention, j’obtiens l’information mais il me demande de ne pas la partager, c’est la raison pour laquelle il apparait anonymement dans mon récit. Le soir je reçois de mon amie « Marie en Vadrouille » qui est un peu devant moi à vélo un message m’invitant à télécharger une application renseignant les champs de mines qui marquent encore les lignes de front dans le pays. Un ami qui fut « Casque Bleu » ici m’avait prévenu, en Croatie, attends toi à prendre une claque, je ne m’y attendais pas si vite, c’est un peu la principe de la claque. Je suis ému et je relativise beaucoup de choses. Et ça ne fait que commencer, je ne suis dans le pays que depuis quelques heures et encore loin des zones de front. 

Le lendemain matin, alors que je prends mon petit déjeuner à l’ombre près du petit magasin du village, une dame âgée qui en sort vient me proposer la moitié de son pain et s’enquérir d’éventuel besoin que j’aurais, là encore la langue fait barrière mais ce n’est pas l’essentiel. Je suis toujours dans l’émotion intense face à la générosité de ces gens qui n’ont pas grand chose mais viennent le partager. Je n’ai besoin de rien, l’échange de sourires me suffit. Je reprends la route vers le littoral où j’espère prendre une journée de repos pour écrire, ce que je fais aujourd’hui, et visiter les îles côtières. En chemin, je croise Alina et Heïko, un couple d’allemands à vélo avec qui j’échange quelques mots, même si nous ne roulons pas ensemble, nous nous suivons et nous retrouvons le soir au camping. Soirée sympathique d’échanges entre cyclos, j’en profite aussi pour me lâcher un peu dans la cuisine et nous prépare une recette d’inspiration sénégalaise, un délicieux poulet yassa au citron. Heïko me demande comment je trouve l’énergie pour cuisiner après une journée de vélo. La réponse est assez simple, en plus d’être l’énergie de mes muscles, la cuisine est celle de mon neurone ! 

La traversée de l’île de Krk (ne me demandez pas comment ça se prononce, moi les mots sans voyelles j’abandonne) est très éprouvante. La chaleur est intense, la route au trafic infernal me contraint de passer plus de temps dans mon rétroviseur qu’à profiter du paysage. Les plages sont tellement surpeuplées que des gens ont installés leurs serviettes de bains jusque sur les trottoirs et les pistes cyclables. Je respire plus de gaz d’échappement que je n’en ai émis dans ma vie. La route goûte littéralement le diésel. Je pense que je ne vais pas tarder à remonter en montagne, loin de l’effervescence côtière. Demain je prends le bateau… A suivre… 

De Poffabro (I) à Ljubjana (SLO)

Avant de partir de Poffabro, je comptais me coucher tôt et passer une longue nuit pour être en forme. C’était sans compter sur Omar, le voisin. Motard, épicurien et charcutier amateur, des ingrédients qui ont forcément provoqué la rencontre. Omar a entrepris de me faire gouter tous les vins du Friul avant que je parte, j’avoue que j’ai un petit faible pour les vendanges tardives. J’aimerais bien aussi, être grippé à Poffabro, son remède anti grippal consiste en une macération de fruits sec dans de la grappa ou du cognac. C’est bon, mais ça fini de m’achever. 

Je pars donc en mode « diesel » pour une étape principalement descendante dont la seule réelle difficulté est de gérer la chaleur des plaines. Je visite les petites villes et les églises de Maniago et Spilimbergo. Dans cette dernière cité, je rencontre une équipe cycliste paralympique mixte, ils sont impressionnés par mon vélo et moi par les leurs. J’essaie d’en savoir un peu plus sur leur projet, ils font, semble t’il, un tour d’Italie en promotion des handisports, j’essaie de poser des questions, mais quasi aucune de mes interrogations ne reçoit de réponse autre qu’une question par rapport à mon voyage. Avec la team technique, à 10 contre un, je fini par capituler. Je ne saurai pas grand chose de leur projet.

Je reprends la route, en direction du jardin de Francesco, un hôte « Warmshowers » chez qui je passe une belle soirée à refaire le monde. Francesco a découvert le voyage à vélo un peu par hasard suite à une rencontre en Asie, il acheté un vélo et fait un voyage d’un an. Son rêve maintenant, vivre en quasi autarcie avec son potager et ses poules pour lesquelles il construit un abris avec des meubles de récupération. Chouette soirée, chouette rencontre. 

Je reprends la route, toujours en plaine vers Udine, où je compte tenter de faire un test Covid rapide pour passer la frontière Slovène. Oui mais !!! Si les résultats sont rapides, les tests de la sont pas, 24 ou 48 heures d’attente. Tant pis, je n’ai pas envie de passer 48h à Udine et de dépenser une fortune en logement (pas de camping, pas de réponse des warmshowers contactés). Je reprends la route, normalement la preuve que j’ai sur moi d’avoir reçu une dose de vaccin est suffisante pour une entrée légale en Slovénie, je me muni quand même d’un test rapide, que je ne sortirai qu’au besoin… Après une très longue pause à l’ombre, pour laisser passer les heures les plus chaudes, je roule calmement et dors pas loin de la frontière. 

Je n’aime pas les frontières, déjà rien que ce terme à consonance militaire et nationaliste me stresse. J’ai toujours une petite appréhension à l’approche de ces lignes fictives et conventionnelles qui séparent les hommes avec un arbitraire qui se révèle souvent plus glauque encore quant il s’agit des limites de l’ancien bloc de l’est. Je n’aime pas plus les douaniers, responsables des contrôles de cet arbitraire. C’est donc légèrement stressé que je démarre le matin, même si je sais que je ne quitte pas l’Espace Schengen, je me dit que la « petite grippe pangoline qui rode », aurait pu provoquer l’installation de nouveaux contrôles. Il n’en est rien, je passe la frontière, et je descends vers la petite ville de Kobarid, où j’apprend mes premiers mots indispensables de la langue locale. Je retrouve avec le sourire les consonances slaves que j’adore et les petites saucisses épicées et violemment aillées dont je fais mon pique nique. Dès la frontière les paysages agricoles ont un peu changé, les parcelles sont plus petites et les cultures plus variées semble nettement moins intensives. Je remarque aussi l’omni-présence de jolis potagers aux légumes appétissants. 

Je reprends, sans me presser la route de Bovec, puis en direction de la vallée de la Soča et du col de Vršič. A la sortie de Bovec, je vois devant mois un sacochard, un peu plus léger que moi mais fort chargé quand même. Je tente de le rattraper, il est peut être dans le pays depuis plus longtemps que moi et j’espère échanger des informations et peut être partager un moment de route. Je pars en « chasse patate », je me rapproche doucement sans trop forcer. Je grappille mètre par mètre sans me mettre dans le rouge, je sais que, chargé comme un poids lourd, je n’irai pas significativement plus vite en augmentant mes efforts. Il reste 100m, 50, 20, 5… je tente un « bonjour ». Il se retourne, me voit, monte sur son vélo en danseuse et accélère, j’abandonne la poursuite et je le laisse filer, dommage !

Plus j’avance, plus la route est belle, les paysages deviennent même époustouflants, je longe la plus belle rivière que j’ai jamais vue. La nature de plus en plus sauvage et la couleur turquoise lumineuse de l’eau, caractéristique des roches karstiques de la région est splendide. Je cherche à installer ma tente dans une prairie ou l’autre, chez l’habitant. La région est probablement beaucoup trop touristiques et chacun m’envoie vers l’un des nombreux camping. Je fais finalement une pause d’un jour dans l’un d’eux. 

L’après midi, après avoir écrit les lignes qui précèdent, le moral plonge un peu, je m’ennuie seul dans le camping, mais mon corps à besoin de repos, et ne rien faire c’est compliqué. Je décide donc de me faire une expérience, la cuisine du camping est équipée d’une plancha au gaz, je tente un pain avec une pâte légèrement huilée à l’huile d’olive, ma pâte est un peu sèche, le pain ne monte pas bien, mais le résultat est prometteur. Et je passe finalement une soirée agréable autours du feu avec quelques touristes venus de différents pays d’Europe. 

Le lendemain, les choses promettent d’être sérieuses, tout le monde me le répète depuis quelques jours, les pentes du col de Vršič sont redoutables. Pendant le premiers km, je flâne, ça monte légèrement, mais rien de vraiment impressionnant, la rivière tantôt large, tantôt très étroite et rapide est toujours aussi belle. A 9km du sommet environ, tout change, un panneau annonce 14% sur le reste de l’ascension. C’est plutôt un bon 10% de moyenne avec des passage nettement plus pentus, j’avance doucement, profitant de nombreuses pauses pour admirer les paysages et reprendre mon souffle. La circulation n’est pas trop dense, et je suis même très agréablement surpris du comportement routier des locaux et des touristes étrangers. La plupart des véhicules me dépassent plus que prudemment, les chauffeurs patientant même sagement derrière moi quand la visibilité n’est pas suffisante. Beaucoup m’encouragent. A vrai dire, le pire, ce ne sont pas les voitures elles même, mais plutôt leurs odeurs, les gaz d’échappement, certes, mais surtout l’odeur acre, collante et persistante de freins ou d’embrayages cramés. Je déteste cette odeur, qui irait jusqu’à me donner la nausée et qui me vaut d’ailleurs quelques pauses supplémentaires, souffle coupé. 

La descente est raide elle aussi, et les virages en pavés nécessitent d’y aller prudemment. Je freine beaucoup et mes jantes chauffent en proportion. Je fait, là aussi, quelques poses pour les laisser refroidir et éviter l’éclatement d’un pneu. A la boucherie, je découvre des « Bonhinjska Zaseka », sorte de « rillettes » locales mais réalisées sur la base d’un mélange de lards frais et fumés, avec beaucoup d’ail. L’idée me séduit pour un bon pique nique, ça tient au corps. De retour dans la vallée s’ouvre une jolie voie verte le long de laquelle je dors près d’une buvette dont la patronne a laissé pour moi l’accès à l’eau et à la toilette. Le bivouac parfait, avec même une bière avant de monter la tente. 

Je me suis fait avoir par le dimanche, tout les magasins sont fermés, je n’ai plus grand chose dans mes réserves et c’est donc presque à jeun que j’attaque le col de la journée, bien raide lui aussi. Heureusement, à mi-montée une ancienne station de sport d’hiver aux improbables vestiges de remontées mécaniques en bois, et son auberge me permettent de me restaurer et d’atteindre finalement le sommet sans trop de difficultés. Le soir, je pensais dormir près du lac Bohinjsko Jezero, mais une météo d’averses me décourage un peu. Je demande à un paysan pour pouvoir planter ma tente à côté de son luxuriant potager. Il m’ouvre sa grange au sec, seule consigne, ne pas faire de feu, ne pas cuisiner. Je me restaure donc d’une choucroute locale fort grasse (cuisinée avec des « grattons » semble t’il) mais réparatrice à l’auberge du coin. J’y rencontre un couple de routard français avec qui je passe une bonne soirée à parler de voyages. 

Au réveil, il ne pleut plus, mais le plafond bas me décourage de passer par le col dans le brouillard, et je prends donc une grand route, souvent dotée d’une piste cyclable en direction de Bled et Kranj, les slovènes sont toujours aussi cool au volant. En route, je croise un duo belgo-italien de cyclotouristes avec lequel j’échange quelques mots, nous nous connaissons déjà de loin par Facebook interposé. Je campe dans l’espace naturiste d’un camping, ce qui me permet de faire intégralement la lessives de ma sacoche garde robe. J’en profite aussi pour faire, une première tentative à revoir, de pâtes fraiches à cuire sans eau au bivouac.

Je reçois relativement peu de réponse aux messages que j’envoie sur le réseau Warmshowers, mais Tiane, une de mes contacts Facebook, m’a gentillement recommandé de passer une soirée à Skofja Loca chez Igor et Mateja. Ce que je fais après une étape courte et une sympathique visite de la vieille ville. Nous passons la soirée à discuter en anglais et en français. Je repars donc avec beaucoup d’informations utiles pour la suite de mon itinéraire et pour la visite de Ljubjana. Igor est passionné de montagne, à pied et à vélo l’été, en patin à glace l’hiver. Il écrit des livres, richement illustrés qui proposent des itinéraires prometteurs, mais je ne lis pas le Slovène. Je repars aussi avec une liste impressionnante de choses à gouter. 


Je passe quelques jours à Ljubjana, pour m’y reposer un peu. J’en profite pour me renseigner au centre de vaccination et je parviens à convaincre de me faire offrir ma seconde dose, après quelques coups de fil à la hiérarchie. Toujours ça de pris pour les prochains passages de frontières. Ljubjana, ne me séduit pas particulièrement d’un point de vue esthétique mais la ville est agréable et y circuler, tant à vélo qu’à pied est un vrai bonheur. Presque partout, le « bruit » dominant est celui des oiseaux qui nichent dans les nombreux espaces verts. 

Je reprends la route lundi vers les montagnes… à suivre… 

La carte depuis le départ le 1 juillet 613km.

210 km de montagne pour commencer…

Un des mes amis Facebook, m’a invité à passer par sa maison à Poffabro dans les Dolomites. Je savais évidement qu’en acceptant je ne choisissais pas la route la plus simple. Malgré le poids de mon chargement, j’aime les routes en lacets et les montagnes, alors je n’ai pas beaucoup hésité. Merci encore à Bruno pour sa généreuse proposition.

Premier paysage, premières montagnes vers Asiago

J’ai donc quitté Pradipaldo en direction de Asiago, la journée devait commencer par une montée d’une dizaine de km après lesquels je pensais atteindre un plateau où les dénivelés se calmeraient un peu. Pas vraiment, ça grimpe quasi sans arrêt pendant 17 bornes. Je me lance dans l’exploration des fromages locaux et m’arrête dans les épiceries et « agro-tourismo » pour découvrir. Covid et règles générales d’hygiène m’empêche évidement de visiter les ateliers de confection et les caves d’affinage comme j’aimerais le faire. Mais qu’importe je goute à tout. De bons fromages d’alpages aux pâtes cuites et pressées, affinés plus ou moins longuement.

Fromages locaux

Je trouve particulièrement intéressant chez un producteur de pouvoir gouter le même fromage à plusieurs stades d’affinage. Etonnamment, ce n’est pas toujours le plus vieux, parfois fort dur et sec que je préfère, mais c’est celui qui conserve le mieux dans les sacoches et dont le rapport, poids/volume/calorie est le plus intéressant pour le cycliste itinérant. Les produits de boulangerie de la région me semblent par contre sans trop d’intérêt, des petits pains de pâtes roulées, sans goût, qui sèchent très vite et tombent en miettes. Je demande souvent des petits pains « morbido », mou et tendre, qui n’ont pas beaucoup plus de gout mais qui conservent mieux dans mes sacoches.

Plateau d’Asiago
No comment!

L’orage menace, j’ai fait 25km et près de 1000m de dénivelé, et je campe près de Gallio. Heureusement, il me reste du fromage, du pain et quelques noix dont je fais mon diner sous la tente. La pluie me berce, je m’en dors comme un bébé. 

Je quitte tôt le camping, après avoir négocié et obtenu un tarif spécial cycliste seul et « senza macchina », ça ne semble pas être une habitude dans la région, il faut dire que je n’ai pas croisé le moindre sacochard à l’exception d’un couple de bikepackeurs trop pressé pour saluer. Les paysages sont sublimes et je longe dans un premier temps les balcons du plateau d’Asiago. Je roule lentement, sans forcer, je profite. S’en suit une magnifique descente 20 bornes, 20 épingles à cheveux. Fabuleux ! Mon chargement m’oblige à y aller prudemment et à faire une ou deux poses photos qui ont surtout pour principal objectif de laisser refroidir les jantes pour éviter l’éclatement d’un pneu. Prudemment dis-je, j’ai même racheté un casque, chose que je n’utilisais plus depuis de nombreux mois… Et fait exceptionnel je le porte!

20km, 20 épingles…

Au bas de la descente, un panneau annonce le marché hebdomadaire, mais il est déjà fort tard, la fermeture approche, j’accélère espérant y trouver mon repas de midi. Le pain est toujours aussi fade, mais je l’accompagne d’une salade de poissons au vinaigre et aux oignons, proche parente sans doute des « sarde à la soar » que j’avais dégusté à Venise. Je remonte ensuite la vallée de la Brenta par l’ancienne route, fort agréable et jolie. Souvent je me dis, tiens je bivouaquerai bien là, en général un panneau trop explicite l’interdit et m’empêcherais de jouer le naïf si toutefois j’étais découvert. Quand en plus, il n’y a pas de panneau annonçant une surveillance par caméra, caméra que je ne vois jamais, mais compte tenu du prix élevé des amendes dans la région en cas de « camping sauvage » je préfère éviter. Je vise les seuls campings répertoriés sur ma route au bord d’un lac, pour les atteindre, je dois passer un pont à l’entrée duquel une barrière bloque le passage, munie d’un panneau tout aussi explicite, « danger, interdit à tout véhicule et piétons ». Les cartes en ligne renseignent un pont un peu plus loin, je continue mon chemin, alors que je m’apprête à traverser, un monsieur m’interpelle. « Le pont mène à l’autoroute et vous ne pouvez pas y aller à vélo », « Ok mais l’autre pont est fermé et interdit », « Oui il est interdit, mais c’est la seule solution qui permette de traverser la rivière aux cyclistes et piétons, vous pouvez y aller »… OK ! Pour une fois que je tenais compte spontanément d’un règlement ! 

Vallée de la Brenta

J’arrive en fin d’après midi dans un camping, je demande le prix. 21€, la dame me montre le document avec le tarif « officiel » qui mentionne clairement « forfait deux personnes avec voiture tente ou caravane», c’est un tarif, douche comprise, il ne manquerait plus que ça ! Je tente une négociation, la dame sympathique comme un gardien de goulag stalinien, me dit que c’est le seul tarif possible. Je repars vers un autre camping un peu plus loin, 34€ ! Non mais ils sont dingues ? C’est à nouveau non négociable, évidement ! Je suis dans un endroit fort touristique, et à nouveau, en apparence au moins, fort interdit en matière de bivouac. Va pour le camping le moins cher des deux, pas trop la choix. Je décide évidement de ne rien consommer d’autre, me dispense de ma petite bière de fin de journée et je me prépare un risotto de cèpes lyophilisé avec mon bidon d’eau du robinet. Le foot, ne m’intéresse pas, mais mes sympathiques voisins retraités et italiens m’invitent à venir le regarder avec eux, j’accepte. Ce soir là je dois être un des seuls belges à avoir gagné, ils m’offrent à boire pour me consoler.

Entre Vajont et Poffabro, vue du Camping

Je reprends la route tôt le matin. Je n’ai pas la moindre idée de ma destination pour le soir, je pense voir où je serai vers 15h. J’ai assez mal dormi, et je ne me sens pas en super forme. Vers 11h du matin déjà, j’ai fait 30 bornes, j’envoie même un message disant que je n’en ferai pas 40, que je n’avance pas et que je vais commencer à chercher un endroit pour dormir. Mon parcours par Feltre et Belluno longe une grand route très passante, bruyante, assourdissante même. Des voitures à haute vitesse me frôlent sans cesse. Le moral plonge, je n’avance pas et n’y prend aucun plaisir. Je ne profite même pas de la vue sur les montagnes à ma gauche, le nez dans le guidon, l’oeil dans le rétroviseur, je déteste. Ça grimpe presque tout le temps, pas assez fort pour que cela se voit ailleurs que sur l’altimètre. Le genre de faux plat où l’on se traine avec l’impression de ne pas avancer et de fournir des efforts pourtant conséquents. Mon impression de coller à la route m’amène à aller vérifier la pression de mes pneus dans une station, ce pourrait être une explication, mais tout est normal. Les villes traversées semblent complètement dénuées de charme… Je m’ennuie, je me force à avancer pour sortir de là, comme je continue à grimper en direction de la montagne, je me dis que ça sera mieux plus loin. Vers 14h30 j’ai passé Ponte Nelle Alpi ça commence à devenir dur sur le vélo, j’en suis déjà à 65 bornes et une dénivelée non négligeable. J’envisage de demander à un habitant ou l’autre l’autorisation de dormir sur son bout de terrain, je n’y parviens pas. Non seulement le coin m’est tellement peu sympathique que je n’en ai pas trop envie, mais je n’ose simplement pas demander aux gens. Notes pour l’avenir, il va falloir que j’apprenne ! Et jusque Longarone, le paysage ne change pas, les villages sans âme moches, modernes, la route bruyante, je comprendrai un peu plus loin que la région a été dévastée par la catastrophe du barrage de Vajont en 1963 et que ceci explique probablement cela.

Poffabro

A Longarone, j’ai 70 bornes dans les jambes et déjà bien plus de 1000 mètre de dénivelée, je suis cuit, mais je n’ai pas envie de m’arrêter dans cet endroit qui me plait si peu. Je décide d’attaquer le col vers le barrage de Vajont (désaffecté) et le col qui se trouve un peu au dessus. Nez dans le guidon, faisant un pause tout les km, je grimpe. Après le barrage, la région redevient jolie, mais je suis trop fatigué par en profiter vraiment, j’ai mis le cap sur un camping de l’autre côté du col. J’avance, la tête vide. Dans la dernière descente, je ne suis plus vraiment concentré, je suis vidé, et comme diraient les commentateurs sportifs, je manque un peu de lucidité, j’ai d’ailleurs oublié de remettre mon casque au sommet. Je freine un peu tard à l’approche d’une épingle, je me fais un peu peur mais ça passe de justesse. L’adrénaline aidant je me concentre sur les deniers km. J’arrive au camping, liquidé, je mange vite fais et je vais dormir. Près de 90km et un peu plus de 2000m de dénivelé selon ma montre, avec mes presque 75 kg de chargement, je suis Hors Service. La pluie reviens me bercer pour la nuit. 

Poffabro

Je repars calmement et bien reposé pour une étape qui commence par 25km de descente (coooool!), sans presque un coup de pédale, sauf pour redémarrer à chaque pause paysage et photo. Je longe une belle rivière aux magnifiques teintes turquoises. A partir de Barcis et de son lac un peu trop touristique à mon gout, les choses de corsent, les 6km de montée vers le col qui permet d’accéder à Poffabro sont terriblement pentus et mes muscles bien fatigués de la veille. Doucement j’arrive cependant au sommet et je rejoins la maison de mon ami avant la pluie. Le village, classé Unesco est magnifique et j’y prend une bonne journée de repos.  

A suivre…

Nord de l’Italie et visite de Venise

Quelques nouvelles… Je suis en Italie, où j’ai rejoins pour quelques jours une amie qui m’héberge et que j’aide, comme je peux, à la rénovation de la maison qu’elle a achetée dans les collines près de Bassano del Grappa. L’une ou l’autre balade à vélo étant aussi au programme, ainsi que penser beaucoup (trop) à la suite. La région est superbe et la vue de la terrasse sublime. Au loin sur le sommet d’une butte, une église me fait de l’œil depuis mon arrivée, elle n’est pas là haut par hasard, elle n’est pas le centre d’un village entouré de cultures et traversé par un ruisseau. Je suis convaincu que sa position a une autre justification historico-spirituelle. Vue de loin le lieu dégage une certaine énergie qui me donne l’envie d’aller voir. Il n’y a pas de hasard, je me renseigne pour préparer un itinéraire, l’église se nomme San Luca, « Saint Lumière », je ne serais pas étonné, que le l’endroit ait été déjà un lieu sacré bien avant de devenir un lieu de culte catholique, les religions fonctionnent souvent sur la mode du coucou en s’installant dans le nid d’autres cultes. En tout cas, San Luca m’attire et j’y vais. De près c’est nettement moins joli que de loin, l’église n’a rien d’original, mais la balade est vraiment sympathique et sortir le vélo me fait vraiment du bien. 

Je profite d’être là, pour aller prendre le train et visiter quelques jours Venise, une ville que je n’avais jusque là fait qu’apercevoir vaguement lors d’un voyage scolaire à 11 ans. Autant dire que je n’en avait rien vu. Le Covid a parfois du bon, Venise est presque vide de touristes, et je m’en délecte pleinement. Pas de file d’attente pour les visites, pas de vaporetti surchargés, des tarifs abordables pour les logements. J’avais le souvenir de la place San Marco avec une odeur de transpiration, on en est loin, ça sent la lagune et dans de nombreux quartiers, le bruit dominant est celui des oiseaux. Je prends beaucoup de plaisir à me perdre dans les ruelles des quartiers plus populaires à m’arrêter dans quelques bars locaux pour un Spritz ou l’autre. Suivant les conseils d’un ami, j’entre aussi dans de petites épiceries « qui ne ressemblent à rien », mais où il est possible de goûter les préparations traditionnelles aux goûts sympathiques. Dans les Osterie, j’ai un petit faible pour les mets locaux dont je me réglage. En particulier, les « sarde a la soar », des sardines cuites aux oignons blancs et longuement marinées dans du vinaigre, un plat de conservation traditionnel que les marins emportaient sur les bateaux et qui contribuait à lutter contre le scorbut lors des longs voyages. Je goûte aussi avec plaisir à plusieurs version de « fegato a la venetiziana » une préparation de dés de foie de porc ou de veau (suivant le standing de l’endroit ou la volonté d’arnaquer le touriste) aux oignons. Constatant ainsi, que ma recette empirique de foies de volaille n’en est qu’une variante, il n’y a jamais assez d’oignons. Je ne néglige pas non plus les jeunes artichauts, cultivés dans la lagune et marinés à l’huile. Miam ! 

Tout ça évidement sans négliger de voir malgré tout quelques incontournable. Le palais des Doges principalement, me séduit assez peu. Je ne suis pas fan de l’art baroque surchargé, ni du « bling bling » dont les riches semblent de tous les temps friands. Les grandes salles du palais sont plutôt chez moi, génératrices d’une fatigue visuelle voire d’une nausée occulaire. Tout ça est trop, beaucoup trop! A vrai dire, la partie de la visite que je préfère se passe de l’autre côté du Pont des Soupirs, dans les anciennes prisons. Bien sûr, ce n’est pas un endroit dans lequel on est bien, on y ressent clairement les tonnes de souffrances qui ont ici été vécues par beaucoup de monde. Mais pour le visiteur que je suis, aux yeux fatigués par trop de baroque, les prisons sont un lieu de repos. Le décor est sobre, pas de fioritures, le bâtiment est plutôt joli et les lignes pures y sont agréables. J’y passe un certain temps, sereinement à méditer calmement. Comme souvent je m’interroge sur les écarts entre l’exhibition des plus riches et le coût que cette exubérance a sur les plus démunis.

Finalement,. Les choses n’ont pas tellement changé. Dans les rues et les escaliers des ponts, on croise beaucoup de petites gens, porteurs des bagages de touristes nantis qui se rendent à leur hôtel en taxi ou en gondole. Le service de nettoyage de la ville est aussi impressionnant, se sont principalement des femmes de petite condition qui circulent dans la ville, tirant ou poussant de très lourdes charrettes dans les ruelles et les escaliers. Je n’ose même pas imaginer le salaire qu’elles reçoivent pour ce travail ingrat mais indispensable qui laisse derrière elles une ville propre et agréable. Pendant que les hommes de leur service pilotent les bateaux poubelles et leurs grues dans un travail qui semble nettement moins pénible en tout cas physiquement, je n’ai pas dit plaisant !

Je profite aussi largement de mon forfait illimité sur les vaporetto pour aller visiter les îles des alentours. Murano, me déçoit, ce n’est pas moche, mais chaque maison est une boutique de verre et elle se ressemblent toutes. Quelques jolies choses cenpêndant, cachées sous un fatras de brols à touristes dont la fonction principale sera certainement de prendre la poussière une fois rentré à la maison. Le verre est évidement fort bien mis en valeur par de savant éclairages piégeux, qui laisse imaginer à l’acheteur quelques chose de magique qui une fois posé sur la cheminée du salon ne sera plus qu’un petit machin terne. Burano par contre, une petit île de pêcheur et de maraîchers est pleine de charmes et j’y flâne longuement. Les rues colorées presque vides sont un vrai plaisir. Entre les boutiques de « souvenirs », une boucherie me fait un de l’oeil. Sur la vitrine, un panneau grossièrement écrit à la main en dialecte local, « GAVEMO LA COPPA DE TESTA », il n’en faut pas beaucoup plus pour que j’y entre, j’ai trouvé mon pique nique. Cela fleur bon l’artisanat et la recette personnelle du charcutier, je le soupçonne d’avoir ajouté dans sa préparation quelques morceaux de « culs » de jambons émincés qui apportent un parfum fort intéressant au produit. Je retiens l’idée.

En ville, j’entre aussi, « clandestinement » dans les salles de cours de l’académie des beaux arts. L’ambiance détendue et créative y est fort agréable. Partout, ça dessine, ça grave, ça sculpte, ça modèle, un réservoir de talent et de travail mêlé d’insouciance incite à lâcher prise et à quelques déclenchement de mon appareil photo. 

Venise c’est aussi une des portes européenne historique vers l’Orient et la route de la soie. L’architecture métissée qui en découle est jolie, variée, parfois surprenante avec des parfums qui évoquent Byzance, Samarcande et plus loin encore… Comme une invitation au voyage sur la via de la seta. Je fais relativement peu de photos classiques de la ville, Internet en regorge. J’essaie plutôt de saisir des ambiances, malgré une lumière violente « en douche » qu’il est difficile de maitriser. 

De retour près de Bassano del Grappa, je me prépare doucement à prendre la route vers l’ex-Yougoslavie. 

A suivre… 

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A bientôt 

Cyclopathe Brownien